Si vous me disiez que vous n’avez jamais accepté une requête, tout en souhaitant secrètement avoir refusé, je ne vous croirais pas. Tous, un jour ou l’autre, nous avons connu les déboires liés à l’incapacité de dire non. Etude de cas :

Le directeur :
– Roger, je vous confie la rédaction de ce rapport, j’en ai un besoin urgent, je le veux demain matin sur mon bureau à la première heure

Roger pense :
– Non mais dis donc, espèce d’andouille incompétente ! Tu crois peut-être que je suis ton esclave personnel ?! C’est manager depuis deux mois, et ça se croit le maître du monde !? Ton rapport, tu peux te le foutre là ou je pense ! Comme si je n’avais pas assez de trucs à faire, avec ce projet prioritaire à finir pour hier, et la grippe du gosse !

Mais Roger dit :
– Bien, monsieur le directeur.


La coiffeuse, en tenant un miroir :
– Alors, ça vous plaît, Mme Michu ?

Madame Michu pense :
– Non mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ?! Où tu as eu ton diplôme de coiffeuse ? Dans une pochette surprise ?! De quoi j’ai l’air, moi, maintenant ?! Je ne vais pas pouvoir sortir sans chapeau pendant un mois !

Mais madame Michu dit :
– Oui, oui, c’est trés bien, merci beaucoup


Henri, un collègue de Robert :
– Robert, tu es mon dernier espoir. J’ai oublié mon portefeuille chez moi, et j’ai absolument besoin d’argent. Pourrais tu me prêter 50€ ? Je te les rends sans faute lundi !

Robert pense :
– Et puis quoi encore ! La dernière fois, tu es allé te saouler avec, espèce de pochtron ! Tu peux pas bosser, comme tout le monde ? Moi aussi, j’ai des dettes, figure toi ! Et je te rappelle que j’attends toujours tous les tickets restaurants que je t’ai avancé le mois dernier ! Je te connais, mon billet de 50, je ne vais jamais le revoir.

Mais Robert dit :
– Bon, bon, d’accord. Mais lundi sans faute, hein ?!


Qu’ont en commun tous ces personnages ? Tous, ils ressentent de la frustration et du dépit face à des situations courantes de la vie réelle, parce qu’ils n’ont pas été capable de dire non. Être incapable de refuser une demande peut parfois nous amener à ressentir des sentiments violents et négatifs vis-à-vis de nous même et des autres.

Ainsi, celui qui n’a pas su dire non va se sentir coupable de son manque de courage. L’impression de ne pas maîtriser sa vie provoquera de la frustration, et il éprouvera du ressentiment face à celui qui lui a « imposé » quelque chose qu’il ne désirait pas.

Pourquoi est-il si difficile de dire non ?

Pourtant, ceux qui ont déjà expértimenté ces sentiments savent que dire non n’est pas toujours aisé. La plupart du temps, répondre par l’affirmative est beaucoup plus facile, et surtout beaucoup moins effrayant.

C’est bien de peur que l’on parle. C’est souvent la peur qui nous bloque, et nous empêche de poser nos limites.

  • La peur d’être jugé : Certains considèrent que dire non équivaut à un aveu de faiblesse, et ils ont peur d’être jugés en conséquence. Si je refuse de prendre ce dossier supplémentaire, je vais passer pour un fainéant, et adieu ma promotion. Si je refuse d’aller à cette soirée, je vais passer pour un rabat-joie.
  • Les peur des conflits : En disant non, certains ont l’impression de tenir tête à leur interlocuteur. Ils préfèrent alors dire oui, à condition d’éviter les ennuis à tout prix.
  • La peur de blesser : Essuyer un refus n’est pas toujours agréable. Par conséquent, il arrive à certains de dire oui dans le seul but de ne pas décevoir leur interlocuteur. Ceux dans ce cas se résignent à dire oui car ils s’estiment responsables de la déception de l’autre.
  • La peur de décevoir : Certains s’imaginent absolument indispensables, et se considèrent des obligations extravagantes envers les autres. C’est le cas de celui qui ne manque aucune soirée parce que « sans moi, ils ne s’amuseront pas autant ».

Les bénéfices du non

La plupart du temps, ces peurs sont irrationnelles, et sont le reflet d’un problème d’affirmation de soi. Pourtant, utilisé avec parcimonie, le non peut être trés bénéfique.

  • Gagner du temps : Si vous refusez à votre patron les tâches qui ne vous reviennent pas, si vous refusez de vous rendre à une soirée qui ne vous intéresse pas, vous dégagerez du temps libre, et serez un peu plus maître de votre emploi du temps. Je suis sûr que vous ne seriez pas contre une ou deux heure libres en plus de temps en temps, si ?
  • Être en accord avec soi même : Si vous apprenez à affirmer vos préférences, à refuser ce qui ne vous convient pas, vous vous sentirez bien plus confortable mentalement. Vous éviterez ainsi les problèmes de frustration liés au manque d’affirmation de soi.
  • Donner de la valeur au oui : Si vous acceptez tout ce que l’on vous demande, mais faites preuve de mauvaise volonté, vous ne serez pas considéré comme quelqu’un de confiance. En revanche, si vous savez dire non quand quelque chose ne vous convient pas, les autres sauront que vous êtes parfaitement franc lorsque vous dites oui.
  • Affirmer sa personnalité : En affirmant franchement vos préférences, vous aiderez les autres à cerner votre personalité. Avez vous remarqué comme certains ne donnent jamais leur opinion ? Et comme ces gens sont pénibles, insondables, sans personalité ? En apprenant à dire non, vous deviendrez moins « flou », moins superficiel, et gagnerez en charisme.

Comment dire non ?

Bon, ce n’est pas tout ça, mais si vous avez lu jusqu’ici, vous devez trépigner d’impatience : « Oui, moi aussi, je veux apprendre à dire non ». Trés bien, trés bien (on ne peut rien vous refuser). Voici donc une méthode en six étapes pour apprendre à dire non, sans être aggressif ni blesser votre interlocuteur.

  1. Sachez ce que vous voulez : Il nous arrive d’accepter une invitation avant de savoir si nous désirons réellement nous y rendre. Ce n’est que plus tard, trop tard, que viennent le remord et la frustration de n’avoir su dire non.

    La première chose à faire, c’est de savoir ce que vous voulez. Si vous hésitez sur la réponse à donner à une requête, prenez le temps d’y réfléchir convenablement. Tant que vous balancerez entre deux choix, vous ne pourrez pas déterminer quelle est la réponse qui vous conviendra. Quand vous aurez reglé vos problèmes d’ambivalence, passez à l’étape suivante.

    Parfois, votre interlocuteur vous pressera pour obtenir une réponse rapide. N’hésitez pas à temporiser en expliquant que vous avez besoin de réflexion pour lui donner une réponse viable. Précisez à quel moment précis votre décision définitive sera disponible, ce qui l’aidera à patienter. Si l’on exige de vous une réponse immédiate, affirmez que vous ne disposez pas de tous les éléments pour la donner, et que toute affirmation de votre part ne pourra qu’être aléatoire et approximative.

  2. Dites non : Maintenant que vous savez que vous devez répondre par la négative, et bien, faites le. Un simple « non, je suis désolé » suffira pour l’instant. Cela permettra à votre interlocuteur de prendre acte de votre refus.

    Soyez franc, précis et direct. Vous refusez, faites le savoir, et surtout faites le comprendre. Ne vous embarquez pas dans des phrases du genre « Euh… Tu comprends… ça ne va pas être pratique… ».

    Ne soyez pas non plus aggressif ! Même si votre patron vous surcharge de travail, il ne le fait pas forcément pour vous nuire personnellement, et il n’est pas censé savoir que votre emploi du temps est déjà rempli. Contentez vous d’exprimer clairement et simplement votre volonté.

  3. Expliquez pourquoi : Puisque vous savez pourquoi vous dites non, et bien expliquez le. Après tout, personne ne sait ce que vous pensez. Donnez des raisons objectives qui permettront à votre interlocuteur de comprendre que votre refus est motivé par des raisons valables.

    Expliquez votre point de vue en utilisant le « je ». Ne dites pas « vous me donnez trop de travail », mais « je n’aurai pas le temps de faire tout le travail que vous me donnez ».

  4. Exprimez votre sentiment : Expliquez ce que vous ressentez devant cette situation, pour aider l’interlocuteur comprendre votre position, et à se rendre compte de la validité de vos explications.

    Le fait d’exprimer vos sentiments permet d’atténuer le choc du refus, ce qui aidera l’autre à l’accepter.

  5. Cherchez une solution : Proposez une solution à votre interlocuteur pour régler le problème, afin de parvenir à un accord. Par exemple, si vous refusez d’aller à une soirée, proposez de venir à la prochaine. Si vous devez refuser une réunion, expliquez qu’en cas de question urgente, vous serez joignable au téléphone.

    Expliquez quels seront les bénéfices commun que chacun d’entre vous pourrez gagner grâce à ce accord.

Exemple 1 : refuser une invitation à une soirée entre amis

Non, je suis désolé, mais je ne pourrai pas venir à cette soirée. Je sais que tu comptais sur ma présence, et cela me désole de te décevoir, mais j’ai eu une semaine chargée, et j’ai vraiment besoin de repos, j’ai un examen dans trois jours. Si tu veux, dés la fin de mes partiels, on se fera des sorties ensembles pour rattraper le temps perdu. Comme ça, je sera débarrassé du stress des exams, et ce sera plus agréable pour toi

Exemple 2 : refuser d’aller à une réunion

Non, je ne peux pas aller à cette réunion. Je suis déjà surchargé de travail, et il faudra encore que j’emporte des dossiers à la maison pour les terminer ce week-end. Cela m’ennuie, mais vous devrez vous passer de moi. Si vous avez une question urgente, je reste disponible par téléphone, et je m’informerai du compte rendu de la réunion. Ainsi, je peux espérer finir à temps le projet urgent que vous m’avez vous même confié pas plus tard que ce matin.

Exemple 3 : refuser de prêter de l’argent

Non, désolé, mais je ne peux pas te prêter d’argent. Je sais que tu en as besoin, mais je suis pas riche, et je te rappelle que j’attends toujours mes 50€ que je t’ai prêté le mois dernier. Peut-être que tu pourrais demander à quelqu’un d’autre ? Pourquoi pas Georges ? Il ne refuse jamais rien à personne. Je suis sûr que lui te les prêterai, tes 50€. Et moi, cela m’éviterai de me faire étriper par mon banquier.

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