Mon article sur les moyens de soutenir une conversation a remporté un certain succès. Toutefois, au vu des retours obtenus, il me semble important de revenir sur certains points pour approfondir le sujet.

Comme les plus attentifs d’entre vous me l’auront fait remarquer, certaines situations sont incompatibles avec la technique de l’écoute active, laquelle donne alors de mauvais résultats, ou ne peut tout simplement plus être appliquée.

Quand l’écoute ne suffit pas

La première faiblesse de cette méthode, c’est qu’elle suppose un faible nombre de participants à la conversation, c’est à dire pas plus de deux ou trois. En effet, si vous entretenez quelqu’un en tête à tête, il est facile de lui laisser le privilège de s’exprimer en vous réservant le rôle d’auditeur. En revanche, dans une conversation mondaine mettant en jeu plus de 4 personnes, la dynamique n’est pas la même, et repose plus sur des échanges rapides que sur le discours d’une seule personne. Le temps de parole imparti à chacun a tendance à raccourcir, et il est par conséquent plus difficile d’aborder des questions personnelles.

Si vous tentez d’appliquer la technique de l’écoute attentive dans un groupe, notamment avec des personnes que vous ne connaissez pas ou peu, la personne que vous écoutiez se vera ravir la parole en un rien de temps, et la conversation portera sur d’autres sujets. Au final, vous vous retrouverez dans la situation de départ : vous restez comme deux ronds de flands sans rien à dire.

Le deuxième cas dans lequel le premier article ne s’applique pas, c’est quand vient votre tour de parler. Et oui, c’est bien beau d’écouter, mais viendra bien un moment ou il faudra vous exprimer. Lorsque votre interlocuteur est aussi timide que vous, par exemple. Ou bien s’il lit le même blog que vous ;) . Si chacun écoute l’autre, on ne va pas s’en sortir.

Pour pallier à ces inconvéniants, voici 7 méthodes pour briller dans une conversation :

1) Commencez par les grands classiques

Utiliser un sujet passe-partout est toujours un bon point de départ. Après tout, peut-être que votre interlocuteur est aussi perdu que vous, et se creuse désespérement la mémoire pour trouver quelque chose à dire. D’ailleurs, Jules Renard ne disait-il pas :

Si le temps ne changeait jamais, la moitié des hommes n’auraient aucun sujet de conversation

En commençant par une banalité, vous êtes sûr que quelqu’un pourra rebondir. De plus, si vous ne connaissez pas ceux auxquels vous vous adressez, vous ne savez pas à priori quels sont leurs centres d’intérêts. En commençant par évoquer le beau temps, vous pourrez prendre la température du groupe. Avec de la chance, vous tomberez sur un météorologue qui se lancera sur une thèse portant sur les anticyclones et les courants d’air chaud :) .

Voici quelques sujets de base à utiliser :

  • La météo : Le summum de la banalité. Evoquez le beau temps pour la saison, les chutes de neige à venir, la pluie incessante, etc. Faites attention, si vous ne procédez pas avec finesse, vous risquez de passer pour un abruti complet, surtout si vous vous contentez de regarder par la fenêtre en proférant avec fierté une énorme évidence du genre : « Tiens, il pleut ».

    Faites donc preuve d’un minimum de subtilité. Demandez aux autres s’ils n’ont pas eu d’embouteillages à cause de la pluie, si personne n’est enrhumé à cause du froid, que sais-je encore ? Creusez vous la cervelle un minimum, je ne vais pas tout faire pour vous ;)

  • La politique : Si vous vous y connaissez un peu, lancez un débat politique. Faites remarquer l’éloquence de tel candidat, commentez les derniers sondages. Si vous avez la chance de vous trouver en periode d’élections, vous avez toutes les chances de lancer un débat enflammé. Au pire, vous ferez un flop, mais passerez pour quelqu’un d’engagé et cultivé.
  • Le sport : Si votre auditoire est majoritairement masculin, il peut être intéressant de commencer par commenter quelque résultat sportif actuel. Il est trés probable que vous déclencherez de vives réactions. Attention, toutefois : les supporters sont souvent trés attachés à leur équipe favorite, et vous devrez procéder avec diplomatie si vous ne voulez pas vous faire d’ennemis ni voir le débat dégénerer en bataille de hooligans :) .
  • L’actualité : Commentez un fait divers d’actualité, cela permettra trés souvent de rebondir sur des sujets un peu plus profond. N’hésitez pas à lire la presse pour être en mesure d’avoir matière à alimenter les débats.
  • Le cinéma : Racontez le dernier film que vous êtes aller voir, demandez ce qu’il en est pour vos interlocuteurs, annoncez que le dernier chef-d’oeuvre de tel réalisateur est en fait une vraie bouse, encensez tel film d’auteur (ce qui aura l’avantage de vous parer d’une aura d’intelligence et du culture), les sujets de manquent pas en matière de cinéma.
  • Les commérages : Si les membres du groupe se connaissent déjà un minimum, vous pouvez évoquer les frasques de telle personne absente (les absents ont toujours tort), ou gloser sur la relation naissante entre machine et machin. Mon expérience personnelle à prouvée que ces sujets fonctionnent beaucoup mieux avec un auditoire majoritairement féminin.

Ces divers sujets bateaux ont fait leur preuve lorsqu’il s’agit de lancer une conversation. Attention toutefois de ne pas en abuser, sous peine d’être rapidement étiqueté comme celui ou celle qui n’a pas de conversation. Si vous lisez ceci, c’est que vous voulez l’éviter, n’est-ce pas ? Les grands classiques doivent si possible être réservés aux débuts de conversation.

2) Identifiez ce qui intéresse les autres

Soyez assez observateur pour découvrir quels seront les sujets qui intéresseront tout le monde. En général, les groupes ne se forment pas par hasard, il y a souvent des points communs entre ses différents membres. Une fois que vous avez identifié ces affinités, lancez une question à la ronde en rapport avec un sujet qui concerne l’ensemble du groupe.

Voici quelques points que vous pouvez considérer pour déterminer la tendance d’un groupe :

  • Le sexe : Le groupe est-il mixte ? majoritairement masculin ? féminin ? Si la répartition des sexe dans le groupe est équilibrée, la conversation portera sur des sujets plus généraux. Si l’un des deux genre est trés majoritairement représenté, certains sujets plus « typiques » (l’autre sexe, le sport, les voitures, le boulot, la famille, les relations interpersonnelles, etc.) seront sûrement abordés.
  • L’âge : Avez vous affaire à une bande de jeunes ? A un groupe de vieux croutons ? Là encore, comme les centres d’intérêts, les sujets préférés diffèrent en fonction de l’âge. Je me rappelle d’une époque ou j’étais trés porté sur les jeux vidéos, alors qu’aujourd’hui je me fous des nouvelles consoles comme de ma première tétine. Il est bien évident que vous ne pourrez pas demander des nouvelles sur les oreillons du petit dernier si la moyenne d’âge est de 17 ans. A vous de vous adapter.
  • La catégorie socio-professionnelle : Examinez discrètement les vêtements, le vocabulaire, la posture, les coiffures de vos interlocuteurs, et tentez d’en déduire leur catégorie socioprofessionnelle. Ne parlez pas de fusions de PME si vous vous adressez à un groupe d’ouvriers.
  • Les convictions politiques et religieuses : Attention, danger ! Evitez d’aborder le sujet si vous ne savez pas qui pense quoi. Les gens sont souvent trés attachés à leurs convictions, et vous aurez vite fait de commetre une gaffe si vous n’y prenez garde.

3) Soyez cultivé

A priori, dans une conversation, on ne peut jamais savoir à l’avance quels sujets vont être abordés. Qui n’a jamais eu la surprise, après un moment d’inattention, de constater que l’on débat ardemment de la sexualité des drosophiles alors qu’il y a trentes secondes à peine, vous déploriez la hausse du prix du gruyère ?

Le meilleur moyen de rester dans la conversation, c’est d’avoir de la culture. On ne peut disserter sur les sujets que l’on ne maîtrise pas, à moins de passer pour le lourd prétentieux qui n’y connait rien. Si vous êtes cultivé, si vous savez tout sur tout, vous aurez toujours une information à ajouter au débat, vous pourrez rebondir sur une affirmation pour la corriger ou la compléter, vous pourrez répondre aux questions posées, bref ! vous aurez quelque chose à dire, ce qui normalement est ce que vous cherchez, si vous lisez cet article.

Certains sujets reviennent plus souvent que d’autres (cf. les grands classiques). Essayez de devenir incollables dans ces domaines. Abonnez vous à des revues spécialisées, et parcourez-les régulièrement. Ne vous contentez pas de regarder le JT, savoir ce que tout le monde sait, c’est ne rien savoir. Tenez vous au courant de l’actualité scientifique et politique, c’est un excellent moyen d’avoir des anecdotes intéressantes à raconter.

Si la conversation porte sur un sujet que vous ne maîtrisez pas, vous pouvez également jouer au naïf. Prétendez que vous êtes intéressé, mais que vous n’y connaissez pas grand chose, et posez des questions techniques et précises. Si votre interlocuteur connait son domaine, il se retrouvera au centre de la conversation, et vous accordera toute son attention pour satisfaire votre curiosité. Ce sera à vous d’en tirer avantage en ne laissant pas s’épuiser le sujet.

Si vous êtes spécialiste dans certains domaines, ce sera peut-être même vous que l’on interrogera. N’ayez pas peur d’ennuyer les gens en leur parlant des sujets techniques qui vous tiennent à coeur. S’ils posent la question, c’est que ça les intéresse. Mais n’hésitez pas à vous mettre au niveau de vos interlocuteurs, soyez compréhensible, vulgarisez. Et surtout, soyez passionné. Si vous aimez un sujet, partagez votre enthousiame.

Moi même, je maîtrise relativement bien le domaine de l’informatique. Lorsqu’un non initié m’interrogeais, j’avais pour habitude de répondre « Bof, tu sais, c’est trés technique, ça ne t’intéressera pas ». Forcément, un tel manque de conviction ne pouvait passionner les foules. Pourtant, il y a tellement de choses à raconter ! Maintenant, je disserte avec volubilité des logiciels libres, d’Internet, des nouvelles technologies de l’information, etc. Le tout est de trouver le juste milieu entre partager vos passions et ennuyer l’auditoire avec votre petite personne.

4) Racontez des anecdotes

Rien de tel qu’une petite anecdote ou une parabole1 pour illustrer et pimenter la conversation. Au cours du débat, n’hésitez pas à lancer un « Ca me rappelle la fois ou… » ou un « C’est comme l’histoire de ce type qui… » avant d’enchaîner sur une petite histoire en rapport avec le sujet. C’est un excellent moyen de capter l’attention, et surtout de la retenir pendant un temps. Si vous savez bien raconter, personne ne vous interrompra, et celui qui s’y risquera se fera remettre à sa place illico-presto.

Plusieurs précautions à prendre toutefois. D’abord, votre histoire ne doit pas tomber comme un cheveux sur la soupe, restez en rapport avec le sujet, et apportez quelque chose de concret à la conversation. Si vous racontez les vacances de votre mémé jacquotte pour illustrer les derniers résultats sportifs, vous allez gentiment vous faire rembarrer, et passer pour un gros lourd.

Votre anecdote ne doit pas être trop longue. N’oubliez pas que pendant que vous la racontez, vous détenez le monopole exclusif de la parole. Si vous le conservez trop longtemps, vous allez finir par lasser, voire énerver. Soyez courtois : une conversation est un échange, alors ne volez pas le tour du voisin.

Si possible, tâchez de n’utiliser que des histoires véridiques. Elles auront plus de poids, et surtout, vous risquez moins de vous embrouiller en les racontant. Si vous inventez, ne mentez pas quand à la véracité de vos paroles, et si on vous questionne, prenez un air mystérieux, ça passera pour de l’humour.

5) Ayez de l’humour

Plutôt qu’une anecdote, pourquoi ne pas raconter une bonne blague pour détendre l’atmosphère ? Dans ce cas, vous allez de même monopoliser l’attention du public pendant quelques secondes. Ce sera à vous, et rien qu’à vous de parler. Notez que les précautions indiquées juste au dessus s’appliquent également dans ce cas : restez dans le sujet, et ne soyez pas trop long.

Prenez également garde au fait que les histoires drôles sont potentiellement blessantes si elles mettent en jeu des membres de minorités (les belges, les blondes, les juifs, les noirs, etc.) Ayez du tact, et faites bien attention à ne froisser personne, car comme le disait Desproges, on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

Notez que vous ne pourrez jamais faire de plus gros bide qu’en oubliant la fin d’une histoire, alors soyez sûr de votre mémoire. Et soyez original. Certaines histoires ont déjà été entendue maintes et maintes fois, tâchez de sortir du lot. Il existe de trés bons dictionnaires d’histoires drôles, n’hésitez pas à vous documenter.

Par ailleurs, en fonction de votre public et du sujet de conversation actuel, une histoire drôle ne sera pas forcément trés bien perçue. Ne sortez pas la dernière de toto en plein milieu d’un repas d’affaire, ou lorsqu’untel évoque l’enterrement de mémé jaquotte. Certaines histoires sont plus « fines » que d’autres, et seront mieux acceptées en fonction des circonstances. Sachez vous adapter, et ne pas aller trop loin.

Et surtout, surtout, surtout… Sachez raconter ! Il n’est rien de plus pénible, rien de plus ennuyeux, rien de plus pathétique que quelqu’un qui ne sache pas raconter les histoires drôles. Si vous n’êtes pas capable de jouer un rôle, de donner vie à votre histoire, de grâce, par pitié, abstenez vous ! Raconter une blague est une affaire serieuse.

A part les histoires drôles, vous pouvez également vous permettre d’interrompre votre interlocuteur pour placer un calembour, un jeu de mot, etc. Soyez taquin. Mais l’humour ne s’improvise pas. Si vous n’êtes pas sûr de vous, mieux vaut attendre d’avoir acquis un peu d’entraînement.

6) Parlez de vous

Puisqu’il faut absolument parler, et bien pourquoi ne pas aborder le sujet que vous connaissez le mieux, à savoir vous ? Parlez de votre vie, de vos sentiments, de vos opinions, de vos émotions, lâchez-vous, que diantre !

Un excellent moyen d’immiscer votre petite personne dans la conversation, c’est de commencer par exprimer votre opinion. Vous avez des opinions, n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas rebondir sur un sujet en commençant votre phrase par « Je pense que », « A mon avis », « Il me semble que », etc. Donnez votre avis, expliquez ce que vous pensez, faites part de vos réflexions personnelles (ce qui bien sûr suppose que vous ayez des réflexions personnelles)…

L’avantage, en exprimant ce que vous pensez, c’est que vous prouvez tout simplement que vous êtes capable de penser. Si vous procédez avec suffisamment de tact, étaler votre point de vue vous confèrera un air intelligent et cultivé. Attention toutefois de ne pas raconter tout et n’importe quoi. Sélectionnez vos idées avec soin, et si vous ne vous sentez pas capable de les défendre, abstenez vous. Si la majorité du groupe partage vos opinions, vous n’aurez pas de problème, mais dans le cas contraire, soyez prêt à vous engager dans une joute verbale. Ne soyez pas non plus à 100% catégorique, accordez vous une marge d’erreur, et acceptez de vous tromper. Vous aurez l’air moins bête si quelqu’un vous démontre que vous avez tort.

Si votre public est majoritairement féminin, faites lui part de vos sentiments, en restant dans les limites de la pudeur. Pour les hommes qui lisent ceci, sachez que les femmes accordent beaucoup d’importance aux émotions, et qu’elles n’hésitent pas à les partager entre elles. Aussi, si vous savez exterioriser les vôtres, vous gagnerez en crédit auprès de la gente féminine. Attention toutefois, n’appliquez jamais ce conseil si des hommes se trouvent dans l’auditoire, les résultats seraient catastrophique pour votre image. N’oubliez pas que pour un homme, exposer ses sentiments est un signe de faiblesse.

7) Un peu de conviction, que diable !

Si vous voulez être certain que les autres vous considèrent charismatique, si vous désirez qu’ils vous trouvent du bagout, commencez par en être convaincu vous même. Saviez vous que l’opinion qu’ont les autres de vous n’est jamais que le reflet de ce que vous pensez de vous-même ?

Si vous commencez à parler en regardant vos pieds, si vous interpelez quelqu’un en murmurant dans votre barbe, personne ne vous écoutera, et vous ne pourrez pas finir la moindre phrase de plus de trois mots sans être interrompu. Jamais vous ne susciterez l’intérêt chez vos interlocuteurs s’ils ne vous entendent même pas. Jamais vous ne pourrez les rallier à vos idées si vous n’avez pas l’air vous mêmes convaincu.

Il va falloir que vous sachiez ce que vous voulez. Si vous désirez vous adresser à une personne, alors faites le vraiment. Regardez-la, appelez-la par son nom, et parlez haut et fort (sauf si vous êtes au cinéma). Si vous voulez être entendu, pourquoi marmonnez vous ? Si vous voulez qu’on vous écoute, pourquoi discutez-vous avec le sol ?

Un bon orateur doit savoir capter l’attention de son public. Parmi les éléments les plus importants à prendre en compte, on trouve le regard et le timbre de voix. D’une part, contraignez vous à maintenir un contact oculaire avec vos interlocuteurs, et d’autre part parlez distinctement, avec un volume suffisant pour pouvoir être entendu sans effort, mais sans pour autant hurler.

Pour finir (enfin)

Avec tout ça, vous disposez de bonnes bases pour vous lancer dans des conversations à batons rompus. Ne pensez pas toutefois que vous allez devenir un redoutable bretteur verbal du jour au lendemain. C’est quelque chose qui requièrt un peu d’entraînement, si vous y mettez du vôtre, vous verrez trés rapidement apparaître les premiers progrès. Et si vous connaissez d’autres méthodes auxquelles je n’aurais pas pensé, n’hésitez pas à en faire profiter les copains en laissant un commentaire.

  1. Définition de parabole sur wikipédia []

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